Rien ne va changer
Les résultats du second tour des élections régionales sont plus que limpides. Il faut néanmoins se méfier des interprétations données par les responsables politiques de gauche et de droite.
D’abord, l’abstention a marqué un record pour un second tour. Près de 49% des électeurs ne se sont pas rendus aux urnes ce dimanche, soit à peine 3 points de mieux que dimanche dernier. Au second tour des élections régionales de 2004, l’abstention n’était que de 36%. Je considère que les régions sont encore trop éloignées de leurs concitoyens. De même, nous n’avons pas su, quelque soit la famille politique, intéresser les électeurs. Ainsi, avec le quinquennat et l’inversion du calendrier entre présidentielle et législatives, seule l’élection présidentielle peut changer les choses, et tous, politiques comme citoyens, s’intéressent à cette élection. Les autres scrutins deviennent intermédiaires, et ne sont pas perçus par les uns ou les autres comme utiles pour changer quoi que ce soit.
Dans ce contexte de résignation, les Français ont choisi de poursuivre la nouvelle cohabitation entre un Etat de droite et des collectivités territoriales de gauche. Auparavant, le septennat pouvait permettre d’envoyer une Assemblée d’un autre bord que le chef de l’Etat, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Mais, cette nouvelle cohabitation, lancée en 2004, n’a pas le même poids. En effet, les régions n’ont pas les capacités suffisantes pour impulser un véritable changement politique, comme peut le faire une majorité parlementaire.
Ainsi, la gauche désormais solidaire et autrefois plurielle détient 23 régions sur 26. L’UMP réussit à conserver l’Alsace et à conquérir la Guyane et la Réunion. Il y a, en fin de compte, une certaine continuité par rapport à 2004. Néanmoins, en y regardant de plus près, quelques évolutions sont à noter.
Quelque soit les triangulaires proposées (avec le FN dans 12 régions, avec Europe-Ecologie en Bretagne, avec le Front de gauche en Limousin ou avec le MoDem en Aquitaine), le troisième réussit à progresser en suffrages. Habituellement, la position de troisième conduit à une érosion des voix en faveur des deux premiers, ce ne fut pas le cas cette fois-ci.
Ainsi, le FN, qui grâce à un contexte de crise économique et social principalement, au débat sur l’identité nationale et à l’énième retour de la question de la sécurité, est revenu sur la scène politique. Cela traduit un échec de la stratégie de Nicolas Sarkozy de siphonner l’extrême-droite en reprenant ses thèmes (insécurité, immigration…). Par exemple, sur la sécurité, elle est gérée depuis 2002 par l’actuel chef de l’Etat, et on ne peut pas dire que sa politique ait fonctionné.
Europe-Ecologie a réussi à se maintenir par rapport aux élections européennes. Le plus dur reste à faire. En effet, il leur fait désormais structurer ce courant. Daniel Cohn-Bendit l’a compris avec son appel du 22 mars. Mais, il va devoir faire face comme dans d’autres courants faire face à la structure nucléaire préexistante que sont Les Verts.
Saluons tout de même le bon résultat de Jean Lassalle en Aquitaine. Avec 15% des suffrages, il redore à lui seul l’étiquette Mouvement Démocrate. Cependant, sa campagne a réussi car elle était différente de celles de nos autres candidats. Il faudra en tirer les leçons et s’en inspirer pour les prochaines.
Comme souvent dans les élections intermédiaires des démocraties occidentales, les résultats traduisent une défaite de la majorité en place, plutôt qu’une victoire de l’opposition. J’entend Martine Aubry évoquer la victoire des présidents de région. Je crois me souvenir qu’un sondage de notoriété faisait état que seuls deux ou trois d’entre eux était connus de leurs concitoyens. Comment les électeurs peuvent soutenir quelqu’un et sa politique s’ils ne le connaissent pas ?
La gauche fanfaronne, c’est de bonne guerre. Mais, elle devra surmonter les mêmes difficultés qu’après les élections régionales de 2004. Malgré leur victoire écrasante, ce fut la droite qui remporta l’élection suprême, la Présidence de la République.
De son côté, l’UMP subit une défaite cuisante. La stratégie du rassemblement le plus large au premier tour pour créer la dynamique au second a accusé le coup face à l’abstention, à la crise économique et sociale qui touche le pays et à la perception qu’ont les Français des réformes menées. Il ne paraît pas dans l’air du temps que le gouvernement change de politique, d’une part, parce que la situation du pays exige qu’on fasse les réformes structurelles et d’autre part, parce que le chef de l’Etat a été élu pour le faire.
Dès lors, même si la gauche peut se dit victorieuse à l’issue de ce scrutin, il y a fort à parier que rien ne change dans la conduite du pays par la majorité.
Jérôme Charré
Quelques dirigeants du Mouvement Démocrate ont participé aux journées organisées par le courant « 






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