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Sièges, casquettes et maroquins

13/09/2009 Comments off

En France, cela des années que l’on entend parler de cumul de mandats électifs. Le débat revient régulièrement, mais il est d’une inefficacité affligeante. Ainsi, alors qu’il a accepté que quelques-uns de ses ministres aient des fonctions exécutives au sein de conseils généraux, Nicolas Sarkozy imposent à ceux qui sont candidats aux régionales de choisir entre la présidence de région et le maroquin ministériel. Ainsi, Patrick Devedjian pourra continuer d’être ministre de la relance et président du Conseil général des Hauts-de-Seine alors que Valérie Pécresse, Xavier Darcos ou Roselyne Bachelot ne pourront être ministres et présidents de conseils régionaux. Le Président de la République n’est pas à un paradoxe près.

En face, la Premier secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, s’est permise d’affirmer que le projet socialiste se doit d’imposer le non-cumul des mandats à ses élus. Mais, aussitôt elle corrige le tir en indiquant qu’il était trop tard pour mettre en place ce principe pour les élections régionales. En quête de légitimité, il faut éviter de froisser les barons locaux tels Jean-Marc Ayrault, François Rebsamen, Alain Rousset, Jean-Jack Queyranne.

On peut regretter que l’un des plus grands défenseurs de la cause, Arnaud Montebourg, député de Saône-et-Loire, ait lui aussi céder aux sirènes du cumul en prenant la présidence du Conseil général. De même, les Verts tolèrent que deux de leurs principaux représentants, Noël Mamère et Dominique Voynet, cumulent un mandat parlementaire avec la fonction de maire.

Enfin, au Mouvement Démocrate, nous ne sommes pas non plus en pointe sur ce thème. « On ne peut jouer au rugby avec les règles du football », disait François Bayrou. Néanmoins, lorsque nous prétendons vouloir émerger une génération nouvelle, il faut lui permettre de se montrer, et donc éviter que ce soit toujours les mêmes qui apparaissent sur les bulletins de vote.

On rétorquera que les électeurs apprécient d’avoir des candidats connus. Pas besoin de cumul pour cela, il suffit de les investir suffisamment en amont afin qu’ils mènent d’abord une campagne de notoriété. On rétorquera également que le cumul permet de faire avancer des dossiers locaux. Pas besoin de cumul pour cela, il suffit d’apprendre enfin le travail en équipe.

Les élus se satisfaisant de l’absence d’interdiction de non-cumul, ils ne devraient certainement pas voter une loi de leur propre cru. Dès lors, la seule solution est un référendum.
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Jérôme Charré

Déceptions

08/06/2009 un commentaire

Déception, c’est le terme qu’a employé François Bayrou dans sa déclaration faite au siège du Mouvement Démocrate, hier soir. En effet, ce mot convient parfaitement quant aux résultats des élections européennes. Il y a, en ce qui me concerne, plusieurs raisons.

D’abord, je regrette que l’abstention à ces élections ait une nouvelle fois progressée. Ainsi, elle augmente à chaque scrutin européen alors que le pouvoir des parlementaires ait lui de plus en plus important. Cela est bien inquiétant et rien à présent n’a réussi à enrayer ce fossé entre les institutions et les citoyens européens.

Ensuite, le score obtenu par les listes du Mouvement Démocrate ne correspond pas à nos attentes, ni à notre campagne. Avec environ 8,5% des suffrages exprimés, nous sommes en deçà du score obtenu par l’UDF en 2004 (12%) ou en 1999 (9,28%). Ce résultat est sensiblement le même que celui obtenu par Simone Veil en 1989 !

Je félicite nos élus, Marielle de Sarnez, Corinne Lepage, Jean-Luc Bennahmias, Sylvie Goulard, Robert Rochefort et Nathalie Griesbeck puisque Jean-François Khan a tenu son engagement.

Si nos têtes de listes, nos candidats, nos militants ont tous parlé d’Europe, nous avons d’abord profité de la campagne de François Bayrou autour de son livre Abus de pouvoir, puis nous en avons pâti. Ainsi, notre mouvement issu du courant de pensée à l’initiative de l’Union européenne n’a été réduit qu’à l’antisarkozysme primaire. Le coup de glas a été sonné lors du pugilat de l’émission A vous de juger sur France 2.

Dès lors, si le capital de François Bayrou en tant que meilleur opposant à Nicolas Sarkozy semble peu altéré, c’est le Mouvement Démocrate qui peine à émerger en tant que troisième force politique du pays. Il est donc nécessaire de sortir de la posture, si sympathique soit-elle, pour aller enfin vers ce que les citoyens attendent: des propositions !

Les élections européennes étaient l’occasion rêvée pour enfin lancer notre mouvement, grâce à un mode de scrutin favorable (un seul tour à la proportionnelle), grâce à notre histoire et nos valeurs, grâce à nos candidats. Finalement, l’occasion a été gâchée.

La fin de campagne a profité aux listes Europe Ecologie, qui sont sans doute bénéficié de la basse attaque de François Bayrou contre Daniel Cohn-Bendit jeudi dernier et de la projection du film Home de Yann Arthus-Bertrand sur France 2, certes, mais dans toutes les salles de cinémas du monde !

Leur score est historique. Europe Ecologie talonne le Parti socialiste (16,7 contre 16,0%). Les coups obtenus aux élections européennes sont difficiles faire perdurer par la suite. Les précédents d’Antoine Waechter en 1989, de Philippe de Villiers et de Bernard Tapie en 1994, du RPF de Charles Pasqua et Philippe de Villiers en 1999 peuvent faire penser que l’exploit d’Europe écologie a de grandes chances d’être un coup d’épée dans l’eau.

Aussi, le Parti socialiste de Martine Aubry n’a pas convaincu les électeurs. Cela s’inscrit dans une crise de la social-démocratie en Europe. De son côté, l’UMP réalise un bon score, deux-trois points de moins que le score obtenu par Nicolas Sarkozy en 2007.

De ce fait, les résultats des élections européennes montrent une nette opposition à la politique conservatrice en France et en Europe. Mais, celle-ci est émiettée, elle ne convainc pas si elle reste cantonée à la critique, elle convainc que lorsqu’elle s’élève vers d’autres enjeux. Un grand chantier s’annonce.

Jérôme Charré