Archive

Articles taggués ‘Outre-mer’

Autonomie: et la Guadeloupe ?

07/10/2009 un commentaire

Les présidents des conseils généraux et régionaux de la Martinique et de la Guyane ont annoncé, après un entretien avec le chef de l’Etat que le 17 janvier 2010, la population se prononcera par référendum sur un éventuel changement de statut de leur territoire.

Ainsi, il sera proposé d’approuver ou de rejeter le passage au régime prévu par l’article 74 de la Constitution, comme celui qui encadre la Polynésie. Si une majorité d’électeurs répondait en majorité non, Martiniquais et Guyanais seront alors appelés à se prononcer, le 24 janvier et toujours par référendum, sur le passage à une collectivité unique regroupant les compétences de leurs actuels conseils généraux et régionaux, a ajouté la présidence.

Cette décision du chef de l’Etat était annoncée une première fois, à la suite des mouvements sociaux contre la vie chère qui avaient eu lieu dans les collectivités d’outre-mer. Mais, on se souvient surtout que ce conflit avait été le plus rude en Guadeloupe et dans une moindre mesure à La Réunion. Or, ces deux territoires sont ignorés par le référendum.

Si l’on veut être équitable, ce référendum aurait du être soumis aux quatre départements et régions d’outre-mer (les anciens DOM, aujourd’hui DROM) et non à la moitié d’entre eux. Ensuite, si la réponse est non, la fusion entre le conseil général et régional ne devrait pas faire l’objet d’un second référendum quinze jours plus tard, et être un processus automatique.

En effet, il est étrange que pour un même territoire, il y ait un conseil général et un conseil régional. Il me semble plus efficace qu’une assemblée territoriale ayant les compétences du premier et du second leur succède.

Au-delà de ces aspects purement institutionnels, le chef de l’Etat n’apporte aucune réponse concrète aux demandes des Français d’outre-mer concernant principalement d’une part les difficultés à développer l’économie de ces territoires, et par ricochet le fort taux de chômage, et d’autre part, la vie chère du fait de leur éloignement de la métropole.

Je ne suis pas convaincu que l’autonomie soit une réponse suffisante à ces difficultés structurelles. Il est temps que l’Etat permette à ces territoires et à ces populations de vivre comme la population métropolitaine.

Jérôme Charré

Départementaliser aujourd’hui ?

11/03/2009 Comments off

Les Mahorais s'apprêtent à voter pour ou contre la départementalisation de Mayotte. A l'heure où l'on réfléchit à une suppression ou une fusion des départements métropolitains, la question semble anachronique.

Or, ce territoire est revendiqué par les Comores, soutenues par une résolution des Nations unies. Celle-ci stipule que l'archipel des Comores est insécable. En 1974,
la France organise un référendum sur l'indépendance. Mayotte
ayant, seule parmi les îles de l'archipel, eu une majorité se
prononçant pour le maintien du lien des Comores avec la France, le
gouvernement français de l'époque décida unilatéralement de séparer
Mayotte du reste des Comores et de la conserver sous souveraineté
française. L'Union africaine considère ce territoire comme occupé par une puissance étrangère.

Néanmoins, les Mahorais se sont prononcés à 72,94 % en sa faveur en juillet 2000, et ont donc confirmé le référendum de 1974. Dès lors, au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, ils ont décidé de devenir une collectivité territoriale d'outre-mer, puis ont œuvré pour devenir un département d'outre-mer.

Cette départementalisation doit à mon sens suivre les propositions énoncées par le Comité pour la réforme des collectivités territoriales. Il faut donc constituer une seule entité administrative: la collectivité territoriale qui combine région et département avec une seule assemblée délibérante élue.

Enfin, il me semble essentiel de résoudre le différent entre la France et les Comores concernant la revendication territoriale de Mayotte. En attendant, il me semble gênant de la départementaliser.

Jérôme Charré

Un changement durable en outre-mer

05/03/2009 Comments off

Après près d'un mois et demi de grève générale paralysant l'île, les
Guadeloupéens ont obtenu une série de mesures destinée à lutter contre
le vie chère, notamment une baisse de prix sur de nombreux produits et
une hausse de 100 à 200 euros selon les entreprises.

Je regrette
qu'il n'y ait pas dès le départ de front commun. En effet, la
Guadeloupe a été suivie quinze jours plus tard par la Martinique, et se
voit embrayée le pas par la Réunion. Il ne faut pas s'étonner du mépris
de la métropole pour l'outre-mer si celui-ci n'agit pas de manière
coordonnée.

Aussi, quand je vois l'ensemble des mesures proposées
et approuvées par le LKP, je reste quelque peu sur ma faim. En effet,
pendant plusieurs semaines, j'ai entendu des discours très durs envers
les taxations absurdes et les monopoles de quelques familles. Avec
l'accord signé, rien ne semble aller à l'encontre de ce qui a été
dénoncé.

Il y a là des germes de protestations futures. Il me
semble nécessaire que l'Etat fasse appliquer les mêmes principes et la
même loi pour tous, en métropole et à l'outre-mer. Il est choquant que
dans certains territoires, les prix soient plus élevés alors que les
revenus sont moindres, que certaines familles s'arrangent pour
contrôler l'économie.

Il est indispensable que le gouvernement s'attèle à augmenter durablement le pouvoir d'achat
de ses habitants, à développer leurs économies et enfin à changer le modèle sociétal post-colonial.

Jérôme Charré

Les Antilles oubliées

11/02/2009 Comments off

Lors de son intervention télévisée du 5 janvier, pas un seul instant Nicolas Sarkozy n'a évoqué la situation en Guadeloupe. Depuis, la colère se propage en Martinique, à la Réunion, bientôt en Guyane. De son côté, le secrétaire d'Etat chargé de l'Outre-mer, Yves Jégo, avait annoncé qu'il resterait sur place tant qu'une solution n'a pas été trouvée. Or, il quitte l'île pour se faire sermonner par François Fillon, qui le renvoie sur place, flanqué de deux médiateurs.

Je trouve cette attitude du pouvoir métropolitain terriblement méprisant vis-à-vis des ultramarins. En effet, comment voulez-vous que ceux-ci acceptent de discuter avec des individus qui ne respectent pas leur parole ou qui n'évoquent pas la situation dans une intervention présidentielle ?

Les Guadeloupéens demandent une amélioration de leurs conditions de vie, avec notamment une hausse de 200 euros sur les bas salaires. Leur grogne a depuis été partagée par les Martiniquais, les Réunionnais et bientôt les Guyanais.

Il y a dans ce conflit plus qu'une simple question sociale. Il apparaît en filigrane des problématiques plus complexes qui ne se résoudront pas par une hausse de salaires ou une baisse des taxes.

Certes, il me paraît indispensable que le gouvernement s'attèle à faire cesser les abus entre les tarifs pratiqués en métropole et dans les territoires d'outre-mer, à augmenter durablement le pouvoir d'achat de ses habitants, et à développer leurs économies.

Je considère également qu'il faut changer le modèle sociétal dans lequel un groupe descendant des colons blancs détient le pouvoir économique. Ce modèle post-colonial doit cesser d'exister. Les territoires d'outre-mer doivent être plus qu'un simple outil géostratégique. Aussi, il serait temps que la métropole considère au même titre un métropolitain qui va travailler dans les territoires d'outre-mer qu'un ultramarin. 

Enfin, ces territoires sont plus pauvres que la métropole, mais plus riches que les Etats alentours et sont perçus comme des Eldorados. Nous avons tout à gagner à les développer pour en constituer des puissances régionales.

Jérôme Charré